Archive for septembre 2010

François Schuiten: découverte ou retrouvailles ?

François Schuiten, illustrateur, scénographe, explorateur et raconteur d’histoire, selon ses propres termes.

Je le redécouvre aujourd’hui sur France Culture où il vient parler de son dernier ouvrage, qui laisse rêveur à dire vrai. J’explique: il avait effectué une série d’illustration pour un projet de jeu vidéo, abandonné ensuite. L’artiste, fasciné depuis longtemps par l’écrivain Jacques Abeille, lui a soumis ses dessins délaissés. De là naquit un livre,Les Mers Perdues, fait d’écrits tissés autour des dessins de Schuiten, une histoire d’explorateurs. Je suis assez séduite par cette idée de mots venant jouxter des images, c’est quand même plus rare dans ce sens là… Bref, ma curiosité étant émoustillée, me voilà googlant ce monsieur, et je m’aperçois qu’il ne m’est pas étranger finalement: L’Enfant penchée, un album réalisé en 1996, hante les étagères chez mes parents. Je dis « hante » à propos, car c’est un livre mystérieux et même plutôt flippant, que j’ai même refusé d’ouvrir pendant quelques années, tant la couverture me semblait inquiétante. Le titre est explicite, il s’agit bien de l’histoire d’une enfant penchée, qui devient bête de foire pour le corps médical, et s’enfuit à la recherche d’un monde penché où elle ne serait plus un monstre. Génial! (vraiment. Je l’ai lu plusieurs fois après avoir compris qu’il ne me serait jamais vraiment possible de ne pas ouvrir un livre inconnu, aussi effrayant puisse t’il paraître de l’extérieur… Et après on nous apprend que la curiosité est un vilain défaut… Non mais j’te jure).

Et ce n’est pas tout, François Schuiten est aussi scénographe, et a travaillé entre autre sur les tournages des films de Jaco Van Doarmel : Mr Nobody, sorti l’année dernière, mais si! Avec Jared Leto et ses vies alternatives… Et aussi Toto le héros, que mes frères et moi aimions beaucoup quand nous étions petits.

Il est aussi le « décorateur » (des guillemets pour ce mot qui sonne un peu trop Valérie Damidot) de la station de métro des Arts et Métiers, toute recouverte de cuivre avec des hublots montrant des inventions. Une âme d’explorateur et des mains d’artisans…

J’aime quand on découvre ainsi un nom, un visage et une voix, qui trace comme une ligne entre des moments de vie et des objets marquants de NOTRE histoire des arts. François Schuiten était avec nous, quand blottis à 5 dans le lit des parents devant la télé le mardi soir, nous suivions le vieux Thomas (Michel Bouquet)et nous découvrions avec angoisse qu’il est possible de passer à côté de sa vie. Il était là sur l’étagère à BD du couloir, sous les traits de Mary la penchée, risée de l’internat, maltraitée par ces paires, accueilli par ce cirque où elle est exploitée parce que différente. Il est là aujourd’hui quand par la vitre d’une rame sur la ligne 11 j’aperçois tout ce cuivre chatoyant et me promets de descendre une fois pour y flâner un peu.

C’est ce qui m’ a donné envie de créer cette nouvelle page des artistes à (re)découvrir, en espérant qu’ils seront nombreux.

Il faut qu’il vibre un peu.

François Schuiten, citant lui-même Hergé (approximativement) parlant du trait.

Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.

Marcel Pagnol, Le Château de Ma Mère

Lili des Bellons

Lili des Bellons

Aujourd’hui le Bon Dieu de la télécommande m’a conduit tout droit sur TMC (!) qui diffusait Le Château de Ma Mère en tout début d’après-midi. Ça faisait un bail que je n’avais pas revu ce film, dont les cigales ont pourtant accompagné mes rêveries d’enfant. Mon regard de spectatrice adulte, exigeante, et un tout petit peu snob (!!) n’a pu feindre d’ignorer les quelques défauts de la mise en scène et du jeu des acteurs, qui me paraissaient pourtant parfaits à l’époque; j’avais même écrit  en 4ème une rédaction sur Nathalie Roussel, qui joue Augustine, et qui était pour moi symbole de douceur, bonté, beauté, calme et volupté, ce qu’elle devait en grande partie à la manière qu’avaient l’ensemble des protagonistes de prononcer son prénom, avec du sud plein la gorge… « Augustine »…

Bref, je ne vais pas m’attarder trop sur Pagnol, car j’ai déjà versé dans le sentimental larmoyant hier avec Monet, et je ne voudrais pas débuter ce blog sur une note trop tristoune et nostalgique. Et rien ne me rends plus nostalgique que Pagnol.

Je reviendrai donc sur Pagnol dignement et en temps voulu (c’est à dire en été; on ne parle pas de la Bastide Neuve, de bartavelles et de Garlaban sans un soleil de plomb et un crépitement d’herbes sèches). Toujours est-il que le Bon Dieu de la télécommande, loué soit-il, une fois n’est pas coutume, a rempli ma journée de l’accent de Marseille, d’oncle Jules et de petit Paul, de Palmes Académiques et de pièges aux aludes, et je ne résiste pas à rendre ici hommage à la plume de Lili des Bellons. Et je me tais et lui laisse la parole:

Ô collègue! je met la main à la Plume pour te dire que les grive sont pas venu cet année, rien mé rien, même les darenagaz sont parti, comme Toi. jen n’ai pas prit deux. les perdrots non plus. j’y vais plus cé pas la pène. il veau bien mieux Travaillé à l’Ecole pour apprendre l’Ortograffe autrement quoi ? c’est pas posible, même les saludes il n’y en a pas guaire. elles sont peutites, les soiseaux en veut pas. Cet Malheureut, tu en as de la Chanse de pas être ici cet un Dézastre. je me langui que tu vien. alor, les Soiseaus tant bien, et les perdrots – et les Grive pour noèl. En plus, il m’ont volé douze Pièje et au moins Sinquante Grive. Je sé quicé. les plus beau Pièje. cé celui d’Allo, le Boiteut. Rapèle toi que je m’en rapèlerai. et en plus il fet froid, avec mistralle. tous les~jours à la chasse j’ai les Pieds glassés. heureusement j’ai le Cachené. mais je me languis de toi. batistin est contant: il prend trente grive par jour. à la Glue. avantiers, dix orthollan, et Samedi douze saire gavotte. à la Glue. avantiers je suis été sous tête Touge, j’ai voulu écouter la Pierre, sa m’a glassé l’oreille. èle veut plus chanté éle fet que Pleuré. voilà les nouvèle. salut la Compagnie. je t’envois une feuille de soge pour toi et une viollète pour ta mère. ton ami pour la vie lili. mon Adrèse. Les Bellons Par Lavalantine France. ça fet trois jours que je t’écrit, pas que le soir je continut. ma Mère est contante. èle se croit que je fét mes Devoirs. Sur mon Cahier. Après, je décire la paje. le tonère a escagasé le grand Pin de Lagarète. il reste plus que le Tron, et pouintu comme un sifflé. Adessias. je me langui de toit. mon adrèse: les Bélons parlavalantine. France. le facteur s’apèle fernan, tout le monde le connet, il ne peut pas se trompé. il me connet très Bien. moi aussi. ton ami pour la vie. Lili

Equinox

Poisonous times

Autumn has been creeping on us. Tongues of coldness and whiffs of drowsiness are blowing over our land, vaporising places, reaching for some last skeptic: the large leaf of this chesnut tree is innocently displaying its remaining green veins, unaware of  autumn’s quick temper; soon enough, it is torn away brutally in another attempt on autumn’s part to impose his new authority in whomever’s mind. He is the newly appointed landlord, and for the next few months all will be his. Hearts and souls are no exception… They are his favourite preys.

Monet est mon grand-père

Hommage à Claude Monet

Quand j’étais en CM1, il y avait au fond de la classe une grande armoire remplie de livres. Une fois par semaine, à la fin de la journée d’école, après l’histoire de Clovis et la poésie de Prévert, c’était le quart d’heure « Bibliothèque »: nous allions 3 par 3 farfouiller dans les entrailles de cette cave aux trésors afin de dénicher notre prochaine lecture. Cette année-là, j’ai inlassablement emprunté le même livre ; Le Jardin de Monet. Je frémis de bonheur et de nostalgie à son évocation, tant j’ai aimé cet album. Je ne me souviens pas très bien ni du titre, ni de l’auteur, ni très précisément du contenu, mais je sais qu’il fait partie de ces livres magiques qui font que notre monde devient un peu plus grand.

C’est mon premier souvenir de peinture. L’album était une sorte de scrapbook, rassemblant photos du jardin de sa maison de Giverny, de Monet lui-même, en grand-père bienveillant et fournisseur de rêve, lettres, narration et bien-sûr reproductions.

Son jardin me faisait fondre de désir: comme je mourais d’envie de courir sur le pont japonais, dont le nom même me fait encore briller les yeux. Les nénuphars étaient une source de fascination sans limite: je me voyais Poucette allongée sur leurs feuilles à l’ombre d’une grosse fleur flottante. Je susurrais le mot « Nymphéa », le suçais comme un bonbon au miel et au gingembre, doux et effrayant à la fois.

Sa peinture était tellement incroyable, et j’approchais le livre de mon visage jusqu’à ne plus voir que les traits du pinceau et les touches de lumière, incrédule face au pouvoir de ces petites notes épaisses de matière qui, mises bout à bout, côte à côte, bras-dessus bras-dessous, finissaient par restituer un jardin encore plus mystérieux que celui des photos.

Et puis l’histoire de cet homme, peintre devenu aveugle, me transperçait le coeur. J’avais envie de m’asseoir sur ses genoux et de l’appeler « Pépé », mon doux pépé, ne soit pas triste, ne pleure pas, ton jardin est là qui t’entoure, et je suis là moi aussi, 80 ans plus tard, je cours dans tes tableaux, je virvolte sur ton cher pont grâce à tes yeux, ta main et ta vision.

près du bassin au nympheas, 1904

La légende dit qu’à la mort de Monet, on l’a enveloppé dans un linceul noir, noir comme son angoisse de ne plus voir. Son ami George Clémenceau, arrivé en retard à la cérémonie, refusa de voir ainsi partir son ami: « Pas de noir pour Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! », arracha les rideaux pour donner à Monet une enveloppe feutrée, chaude et colorée.

Et après j’ai grandi, j’ai oublié ce livre, j’ai découvert d’autres peintres, j’ai vu les nympheas, les coquelicots, le déjeuner ,placardés dans les calendriers au mur, chez les mémés, je me suis un peu désamourée…

Et cet été, au cours d’un grand voyage, j’ai pris cette photo et je me suis souvenue de la genèse de mon amour pour les nénuphars, je me suis replongée dans le souvenir de mon pépé Monet, et c’était doux et douloureux, comme quand on pense à ceux qui nous ont quittés.

Je dédis cette photo à tous les pépés qui font danser le coeur de leur petites-filles, et aux artistes qui, même des années après, adoptent des enfants et les aident à devenir grands par leur immense talent.

NB: Expo Monet au Grand Palais – Essayez le Voyage interactif dans les tableaux du peintre proposé sur le site

Introduction à l’art et au cochon

L’art, vous voyez ce que c’est.

Le cochon, c’est moi. Je ne suis pas artiste, ni douée, ni talentueuse. Je ne suis pas Quelqu’un, je ne suis pas géniale; parfois je n’y connais rien, souvent je m’y prends mal, mais j’ai quand même envie d’aborder ce sujet.

Ici vous trouverez les méditations d’un cochon sur l’art qui le meut.

Et dans un premier temps, je voudrais remercier tous ces grands et petits créateurs qui ont jugé bon de jeter de la confiture aux cochons.

Peut-être parmi vous d’autres cochons se reconnaîtront et voudront partager mes humbles réflexions sur cette confiture qui nous délecte et nous rend grand.

Bienvenue !